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Favourite places : Inside the Mind and Outer Space.
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     Une écharpe rouge. Au coin d’une rue. Disparue. Etait-ce elle ?

     Mon cœur palpite. Mon estomac se noue. Ma vue se brouille comme mes émotions m’envahissent.

     Un klaxon. Des phares. Une voiture arrive en face.

     Revenant à la réalité, je me penche sur le côté, ma moto évitant de justesse la masse d’acier hurlant.

     Je m’arrête sur le côté, le souffle court.

     Sur une impulsion, je démarre et me précipite dans la rue où elle a disparue. Des lampadaires distillent de timides halos jaunes qui s’épanouissent en flaques sur le bitume crevassé. Une tâche rouge. Au loin. J’accélère. Le vent m’arrache quelques larmes. La lumière rampe dans mon champ de vision.

     Le rouge disparaît.

     Je m’arrête à nouveau. Je me frotte les yeux. Avais-je encore rêvé ?

 

     Donna. Je sais juste qu’elle s’appelle Donna. Je l’ai aperçue pour la première fois dans un bar. Des amis m’y avaient rejoint et nous fêtions ma promotion. Nous étions tous saouls. Et heureux. Alors, je l’ai vue. Elle était assise au comptoir, un martini à la main. Un châle rouge en tissu léger lui embrassait nonchalamment le cou et tombait langoureusement sur ses épaules. Ses cheveux d’un noir de jais ondulaient au rythme de son rire cristallin.

     Elle se retourna alors, posant délicatement ses yeux rieurs sur moi. Elle me sourit. Tout devint flou, impalpable autour de moi. Je ne voyais plus qu’elle. Le temps sembla se suspendre.

     Une ombre passa devant elle. Elle disparut. Il n’y avait plus qu’une chaise désespérément vide là où elle se trouvait une seconde plus tôt.

     Mes amis s’étaient moqués de moi en me voyant me redresser et fixer le vide ainsi. Je ne leur ai jamais parlé d’elle.

     Le lendemain, je marchais dans la rue, des rigoles tombaient continuellement de mon parapluie. Je me dirigeai vers le siège de l’entreprise où j’officiai désormais comme directeur de la communication. A la place de la fierté d’avoir enfin obtenu le poste que je convoitais, un poids, un manque oppressant occupait mes pensées. J’ai fermé mon parapluie, laissant la pluie me laver l’esprit. Des gouttes s’insinuèrent sur mes épaules, coulant jusque dans mon dos.

     J’étais trempé et transi de froid quand j’arrivais au bureau. Les couloirs, les visages et bureaux défilèrent. Je passai la matinée prostré sur mon fauteuil. Tout me semblait étranger.

 

     J’ouvre la porte de l’appartement, découvrant le désordre qui y règne. Mes pas traînants me dirigent vers le canapé. Son cuir m’accueille avec un soupir.

     J’allume la télé pour occuper mon esprit, ne plus penser. Me laisser bercer par des images vides de sens, hypnotiques. Souffler quelques instants, m’oublier un moment.

     J’étends mes jambes sur la table basse, bousculant quelques cadavres de bouteille. Me penchant sur le côté, je ramasse un morceau de pizza froide trônant dans sa boite et le mastique lentement. Tout en mangeant, je zappe éperdument. Singe sautant d’arbre en arbre. Animateur coiffé d’une perruque rose en train de s’époumoner. Couple racontant leur première nuit. Défilé d’anorexiques au sourire figé. Explosion d’un tank. Un homme droit comme un i, au costume et au sourire impeccables, présente un JT. Des hommes en short courent après un ballon dans un match de foot épique. Une église massive. Je laisse tomber mon bout de pizza. Il y a à l’écran l’endroit même où j’ai vu Donna pour la deuxième fois. La dernière fois. C’était il y a deux semaines.

 

     Je marchai. Sans but. Cela faisait une semaine que j’avais abandonné mon boulot, ma femme, mes enfants, tout. Tout ça pour partir à sa recherche. Elle occupait mes pensées en permanence. Parfois, j’avais peur d’être devenu fou. Mais le simple souvenir de son regard doux et rieur effaçait cette pensée. Il était impossible que j’ai pu rêver une telle créature. Une telle beauté.

     J’arrivai au niveau d’une église quand je vis, du coin de l’œil, une tâche rouge disparaître derrière la porte massive. N’en croyant pas mes yeux, j’ai couru vers l’église, bousculant les passants.

     Des cierges brûlaient dans la nef, une douce odeur d’encens m’envahit les narines. Je vis une femme devant l’autel. Un châle rouge lui tombait sur les épaules.

     Je me suis avancé jusqu’à elle, n’osant faire de mouvement brusque. C’était bien elle. Je me suis tenu à ses côtés, sans un mot. Elle s’est tournée vers moi. M’a regardé avec ces yeux pour lesquels j’ai tout abandonné. Et j’y ai vu la douleur. Une tristesse poignante. Un deuil qui n’était pas le mien.

     Je restai figé. Mon corps tout entier voulait la retenir, mais je ne pouvais pas. J’étais comme emprisonné par sa volonté.

     Elle sortit de l’église. Depuis lors, je l’ai vu partout. Mais je n’ai jamais réussi à la rattraper.

 

     Je l’ai vue. J’en suis certain. Ca ne peut être qu’elle. Elle est si belle. Je vois encore un souffle de tissu rouge qui flotte au-dessus de visages prostrés. Une joie intense m’étreint, accompagnée d’un sentiment d’urgence qui me jette en avant. Bras, jambes, sacs. Ils me ralentissent, forment un entrelacs de branches tordues. Je plonge à bras le corps dans la masse grouillante. Des visages s’agglutinent autour de moi, menaçants, grimaçants. L’étoffe rouge brille au loin, d’une lueur ténue mais pleine d’espoir. Je me dégage à coups de coude, je bouscule les masques horribles. Des claquements de dents retentissent comme des fouets derrière moi. Je bondis en avant et parvient enfin à m’extirper de l’étau qui se resserrait sur moi.

     L’oiseau rouge s’est envolé dans une ruelle. Je me jette à sa poursuite. Elle est là, adossée à un mur. Donna. Elle allume une cigarette, la tête baissée, les cheveux coulant sur ses tempes.

     Elle me regarde. Ses yeux rient. Je ris aussi.

 

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